Leurs choix de mai/juin 2026

Quand la Suisse fait mousser ses salons du vin

Texte: Anick Goumaz, Photos: Augustin Fournier, VINUM, m.à.d.

Il n’y a pas que Wine Paris et ProWein dans la vie! Toutes proportions gardées, la Suisse héberge aussi des salons destinés aux professionnels. Rencontre avec deux organisateurs: l’un jouait les précurseurs en 2001, l’autre s’est lancé en 2025.

Wines Off Switzerland

Le monde du vin est empli de personnalités atypiques. Mais certaines, comme Fredi Torres, sortent particulièrement du lot. À l’occasion du Wines Off Switzerland, à Lausanne, le lundi 30 mars, l’oenologue à la fois suisse et espagnol porte plusieurs casquettes en plus de celle qu’il a toujours vissée sur la tête. Il garde les yeux partout, entre le stand où il sert ses vins et ses invités qui déambulent d’un producteur à l’autre. Fondateur de ce salon des vins dédié aux professionnels, il a de quoi sourire. Lancé en 2025, ce rendez- vous est directement devenu incontournable avec des têtes d’affiches telles que Simon Maye, Marie-Thérèse Chappaz ou Jean-Pierre Pellegrin. Il ne vise que les professionnels, avec un objectif avoué dès le début: faire venir des experts du monde entier. «On ne pourra jamais convaincre la clientèle suisse de donner de la valeur aux vins d’ici, si ces derniers ne sont pas sollicités, explique le quarantenaire. Il leur faut de la lumière, un côté star, comme les montres et les chocolats suisses.» Ils sont venus de Paris et de New York pour participer à Wines Off Switzerland, mais il reste du chemin.

«J’achète entre 1200 et 1500 bouteilles par an.»

 «Je pense qu’il nous faudra encore deux ou trois ans pour atteindre nos objectifs internationaux.» Même s’il a besoin que ça bouge, Fredi sait aussi inscrire les projets dans le temps. La preuve, son concept qui a inspiré le rendez-vous de Lausanne, Wines Off Barcelona, fête ses dix ans en 2026. Organiser des salons de vins représente un peu une manière pour cet enfant de Lausanne de créer un pont entre sa première vie dans l’événementiel et sa reconversion en tant qu’œnologue. Né en Galice, il grandit dans la capitale vaudoise et évolue très tôt dans le milieu de la musique, en tant que DJ. Quand il commence à s’intéresser au vin, il le fait directement à fond et décide d’aller encore plus loin et de se former, à Changins. Il parle avec tendresse d’Henri Chollet, du domaine Mermetus en Lavaux, où il réalise son stage, et de René Barbier, du Clos-Mogador, qui lui transmet son amour du Priorat. Difficile de résumer en quelques lignes le parcours et la personnalité de Fredi Torres, mais les rencontres et la passion font définitivement partie des mots-clés.


Le choix du vin

Valais AOC Visperterminen Heida Vieilles Vignes

St. Jodern Kellerei & Fredi Torres, Visperterminen, Valais

«Cette vigne préphylloxérique me tient de manière tellurique. Et l’Heida est un cépage magique. Avec son côté salin, iodé, il évoque un bord de mer. Élevage en dame-jeanne de cristal, seulement 300 cols.»

130 francs | jodernkellerei.ch

Valais AOC Clos des Corbassières Cornalin

Cornulus, Savièse, Valais

«Je suis un amoureux du Cornalin. Pour moi c’est ce qu’il y a de plus fin, de plus subtil et de plus valaisan. Il vaut un grand Bourgogne. Quand on voit les vignes, c’est un miracle que ce vin conserve autant de fraîcheur. Il est comme un joli livre qu’on n’arrive plus à refermer.»

Prix sur demande | cornulus.ch

Lavaux AOC Chardonne Grand Crus Clos de Nant Plant Robert 2024

Domaine Mermetus, Aran, Vaud

«Les vins d’Henri Chollet sont délicats, presque comme de la porcelaine. Ce vin est profond, aux tanins soyeux, avec de la sapidité et une noble rusticité. En cave, il n’y a aucune extraction, c’est plutôt une infusion.»

35 francs | mermetus.ch


Les Glorieuses

Deux semaines séparent la sortie de ce magazine et le début du salon «Les Glorieuses», bébé de Nicolas Reuse. Même s’il l’organise depuis 25 ans et que cette longévité a été récompensée du mérite agricole de l’État du Valais en décembre, il n’est pas serein pour autant. «Chaque année, je stresse», avoue-t-il. Ne rien prendre pour acquis, c’est peut-être sa recette. Entre autres… «Nous créons une ambiance, c’est notre carte de visite.» Pendant quatre lundis (cette année: 4, 11 et 18 mai, ainsi que le 1er juin), onze vignerons différents font déguster leurs vins, uniquement aux professionnels, soit 70 à 80 personnes chaque semaine. Nicolas n’aurait jamais imaginé se retrouver à gérer tout ce monde. Tout comme ses emblématiques lunettes fluo, son parcours sort du cadre. Mécanicien sur auto, il se voit engagé par l’armée suisse comme trompettiste et gestionnaire de la cave (ça ne s’invente pas!). Puis, avec son ami Christophe Roch, ils reprennent le Relais du Petit Bourg, à Ardon. 

«J’ai un rôle de presque vieux qui aide les jeunes.»

À force d’arpenter les domaines viticoles et d’y croiser souvent les mêmes confrères, ils pensent à lancer des dégustations dédiées aux professionnels. «Pour nous faire connaître, nous avons démarché des vignerons influents, Daniel Magliocco et Marie-Thérèse Chappaz en tête. C’était une histoire d’amitié. Les fins de journée se passaient au milieu de la nuit.» La relation entre Nicolas Reuse et les vignerons: tout un poème, qui rime avec respect, mais aussi avec franchise. S’en tenir à 44 producteurs n’est pas chose aisée. Le cinquantenaire met un point d’honneur à garder sa ligne. Ça ne plaît pas à tout le monde, mais il reste droit dans ses bottes. «Le mot-clé de la sélection, c’est la fidélité. Les domaines présents depuis le début ont la priorité. Pour le reste, il y a un tournus naturel. J’aime bien penser que j’ai un rôle de presque vieux qui aide les jeunes. À chaque millésime, ils créent quelque chose. Moi, je n’ai rien créé, à part trois merveilleux enfants. Il faut respecter leur travail, mais aussi leur donner des avis constructifs. Quand je n’aime pas, je dis: c’est pas mal, mais quand c’est bon, c’est pas comme ça.» Décidément, tout un poème!

Valais AOC Cornalin 2024

François & Mathieu Constantin, Ayent

«Ce Cornalin se distingue par son profil croquant et spontané, ainsi que par ses arômes intenses de fruits noirs. Sa concentration en bouche s’exprime dès l’attaque, portée par une structure serrée. Ce vin est conseillé pour une consommation dans les cinq prochaines années.»

23 francs | caveconstantin.ch

Valais AOC Petite Arvine 2024

Gilbert Devayes, Leytron

«Ce vin présente au nez une remarquable précision aromatique mettant en avant des notes citronnées et de rhubarbe. L’attaque en bouche est vive et ample, offrant une belle longueur qui souligne la qualité du ce vin. Il est recommandé de le consommer avant 2045...»

21 francs | gilbertdevayes.ch

Valais AOC Humagne Rouge 2024

Cave de Bovanche, Ardon

«Le bouquet, discret, révèle les arômes traditionnels du cépage avec des nuances épicées de genièvre et de violette. Les tanins sont harmonieusement enveloppés de fruits noirs soutenus par une acidité modérée. La finale élégante conserve toutefois l’austérité caractéristique.»

18 francs | cavedebovanche.ch