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Où en sont les vins sans alcool suisses?

Texte: Anick Goumaz | Publié: 05.01.2026


En réaction à la baisse de la consommation d’alcool, les vins désalcoolisés sont présentés par certains comme une solution d’avenir. À écouter les marchands de vin et les sommeliers, la demande serait en effet en augmentation. Mais, pour le moment, les produits proposés par les professionnels restent majoritairement italiens, français ou encore allemands.

La course au vin suisse sans alcool

En automne 2024, deux Vaudois, Maxime Dizerens et Marc Vicari, lançaient la course aux vins sans alcool suisses. Le premier a surpris tout le monde en mettant rapidement sur le marché sa gamme «Zéro», élaborée grâce à un système de désalcoolisation inventé en Valais. Après un décollage sur les chapeaux de roues, le vol a vite été avorté… Comme le révélait Le Nouvelliste, la production est bloquée depuis la fin de l’été à la suite d’une intervention de l’office fédéral des douanes et de la sécurité des frontières (OFDF).

La Vigneronne y va pas à pas

De son côté, Marc Vicari a fondé, également en automne 2024, sa marque «La Vigneronne», dont l’objectif consiste à mettre en place un système innovant de désalcoolisation sur la côte vaudoise. En attendant de réunir les fonds nécessaires à l’achat d’une telle infrastructure (1,4 millions de francs au total), Vicari s’est d’abord associé au producteur allemand Christian Nett, dont les vins sans alcool ont bluffé le Vaudois. Il a donc acquis du vin vaudois (un rosé et un mousseux) qu’il a fait désalcooliser en Allemagne, grâce au système de l’entreprise Flavology, plébiscité par Nett. Cet hiver, «La Vigneronne» passe la deuxième, avec la location d’une machine dernier cri signée par la société italienne «Omnia».

Grand intérêt de la branche

Fidèle à son idée de base qui reste d’inaugurer un centre de désalcoolisation au service des vignerons suisses, Marc Vicari a proposé en novembre 2025 à des confrères de partager la location des machines italiennes et de faire leurs propres tests de désalcoolisation. Quel succès! Le Vaudois a dû refuser du monde, mais a quand même ouvert les portes à sept producteurs venus de toute la Romandie, mais aussi du Tessin et de Zurich. De son côté, après le rosé et le mousseux, il élargit la gamme de «La Vigneronne» avec un Chardonnay barrique bio et un Sauvignon Blanc.

Expliquer le produit

Bien que la demande augmente, le marché reste une niche et ceux qui s’y essaient ont un grand travail pédagogique à faire. «Il ne faut pas nous comparer avec des boissons à base de vin désalcoolisé, explique Marc Vicari. Ces produits ne sont pas du vin! Nous, au contraire, avons les mêmes contraintes de production que celles du vin.»

Et en Suisse alémanique?

Même si elle n’a pas fait beaucoup parler d’elle de ce côté de la barrière de rösti, Sabine Reber fait aussi partie des pionniers des vins suisses sans alcool. Issue du domaine automobile, elle a fondé sa start-up «Amesco» en 2023 déjà, mais a attendu plusieurs mois pour commercialiser ses premiers vins sans alcool. Son modèle d’affaires repose sur des partenariats avec des vignerons – pour l’instant Obrecht dans les Grisons et Lenz en Thurgovie. Les cépages résistants, spécialités de ce dernier, se prêteraient particulièrement bien aux vins sans alcool. Mais les vins suisses sans alcool vont vivre un coup d’accélérateur en 2026 avec la renaissance de la fameuse marque Rimuss. L’entreprise schaffhousoise périclitait avant le rachat par la famille vigneronne grisonne Davaz. Ils relancent Rimuss à grands coups d’investissements, afin que les vins puissent désormais être désalcoolisés sur place et plus en Allemagne, comme c’était le cas jusqu’à présent. Un coup de théâtre qui va très prochainement transformer le marché suisse des vins sans alcool.

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