Domaine de Vaudijon, Colombier (NE)

Le palais des cépages nobles

Texte: Alexandre Truffer

Grâce à Laurent Lozano, œnologue venu de Gironde et passé par Cognac, l’un des plus beaux manoirs du canton de Neuchâtel se (re)découvre une vocation viticole. Portrait d’un châtelain amoureux du Pinot Noir.

Surplombant l’autoroute, la plaine et des vignes en terrasses, Vaudijon fait partie de ces demeures exceptionnelles qui parsèment le panorama comme l’histoire d’une région. Située à l’entrée de Colombier, cette maison de maître sera édifiée au début du 19e siècle, par Jean-Pierre Du Pasquier, héritier d’une famille qui avait fait fortune dans les indiennes, des textiles imprimés sur des étoffes de lin. Si le premier propriétaire montrait déjà un intérêt pour la vigne, le domaine – 4,5 hectares de vignes en partie en terrasses – ne sera jamais connu pour son volet viticole. En 2012, lorsque Laurent et Carine Lozano l’achètent, les vignes sont cultivées par David Burgat et la vendange vinifiée par le Château d’Auvernier. «Bien qu’il ait su qu’il allait perdre un fournisseur, puisque j’avais annoncé que je voulais vinifier au domaine, Thierry Grosjean a fait preuve d’une attitude plus qu’élégante en œuvrant pour que nous puissions acquérir le domaine», confie Laurent Lozano. Originaire de Libourne – ville connue pour ses villages alentours qui se nomment Pomerol, Saint-Emilion ou Fronsac –, cet œnologue a travaillé de nombreuses années à Cognac pour la maison Hennessy (le H de LVMH). Son arrivée en Suisse n’a pas seulement coïncidé avec un changement de taille d’entreprise. Le professionnel, habitué des Cabernet et de l’Ugni Blanc a, a dû se familiariser avec le Chardonnay, le Chasselas, un défi, et le Pinot Noir, un coup de cœur, plantés sur le domaine. «Bien qu’ayant travaillé dans différentes régions sur plusieurs continents, le Pinot Noir a été une découverte. A la différence des Cabernet ou du Merlot qui ont une signature variétale assez accentuée, le Pinot Noir fait preuve d’une exceptionnelle capacité à transmettre au vin les caractéristiques spécifiques des parcelles dans lesquelles il pousse», s’enthousiasme cet amoureux des livres anciens. Il commercialise désormais un Pinot Noir, élevé en demi-muids de 500 litres, le Racine, une sélection qui a patienté trente mois sous bois, un Chasselas et un Chardonnay, mais pas d’Œil de Perdrix. Sous l’égide de ses nouveaux propriétaires, Vaudijon n’a pas changé, mais s’est, si l’on peut dire, redécouvert. Les rénovations, importantes, n’ont pas transformé ce bâtiment de style Empire (teinté d’éléments Louis XVI). La vigne est redevenue un élément important du domaine. Le jardin va retrouver légumes colorés et plantes médicinales. Depuis cinq ans, Vaudijon revit et son réveil coïncide avec l’arrivée dans le vignoble Neuchâtel d’un producteur aussi passionné qu’expérimenté qui promet de tirer le meilleur de cet exceptionnel domaine qui n’a longtemps été qu’une mystérieuse propriété surplombant l’autoroute.

vinum+

Continuer la lecture?

Cet article est exclusivement
destiné à nos abonnés.

J'ai déjà un abonnement
VINUM.

Je souhaite bénéficier des avantages exclusifs.